Les dynamiques territoriales de l'innovation sociale


A travers les crises - économiques, sociales et environnementales – que notre société traverse actuellement, synonymes d’inégalités croissantes et de précarisation, ce sont les limites du modèle économique dominant qui apparaissent. Et face à cette « montée des incertitudes» (Castel, 2009) en matière d'activités et d'emplois, les acteurs imaginent des solutions de production et de consommation plus durables. A ce titre, les AMAP, les jardins partagés ou les monnaies locales apportent une réponse à un besoin peu ou mal satisfait généré par la demande sociale. En ce sens, elles constituent des innovations sociales.

Préoccupation contemporaine, l'innovation sociale est aujourd'hui appréhendée comme vecteur de solutions efficaces, justes et durables pour nos sociétés, en prise avec de nombreuses difficultés. L'Union européenne qualifie même l’innovation sociale d' « outil pertinent pour la mise en œuvre de la stratégie européenne pour une société intelligente, durable et inclusive» (Programme de l'Union européenne pour le changement social et l'innovation sociale (2014-2020). L’innovation sociale a pour ambition de réussir là où ni l'État ni le marché ne peuvent apporter seuls des réponses satisfaisantes. Face à des enjeux de société complexes et cruciaux, la réponse ne peut donc être que collective, impliquant l’ensemble des acteurs concernés : publics, privés et usagers. Les innovations sociales se définissent donc par leur finalité « sociale » et leur processus de production nécessairement ouvert, collaboratif, basé sur les échanges sociaux.

Mais les innovations sociales se présentent souvent comme un ensemble de micro-projets isolés et fragiles. Se pose alors la question de la pérennisation des actions et de leur généralisation, pour dépasser les projets de proximité et impulser un changement sociétal durable. Cet aspect interroge les dynamiques territoriales et leurs capacités à soutenir les innovations sociales tout au long du processus de production du nouvel usage social. Le territoire, considéré comme un espace de ressources, est le point d'appui à la mobilisation d'acteurs organisés en collectifs ou en réseaux. Comme le souligne les chercheurs du CRISES, « le territoire médiatise et institue des arrangements d’acteurs productifs, des organisations, des processus décisionnels, permettant l’émergence de cultures d’innovation spécifiques, mais pas isolés ni indépendants de contextes plus globaux » (Fontan J-M, Klein J-L ,Tremblay DG, 2004). Plus qu'une catégorie politico-administrative, le territoire est ainsi appréhendé comme un construction sociale qui médiatise un ensemble de relations sociales et spatiales, hiérarchiques mais aussi réciprocitaires (Camagni, 2004).

  • Les innovations sociales sont elles nécessairement territorialisées ?
  • Dans quelles mesure le processus d'innovation sociale est-il inter-dépendant du territoire sur lequel et par lequel il se développe ?

Par cette recherche, nous envisageons donc d'analyser les innovations sociales par le prisme des réseaux qui sont mobilisés au cours du processus d'innovation afin d'interroger les dynamiques territoriales de l'innovation sociale.

Cette recherche doctorale est conduite par Amandine Piron, sous la direction d'Alain Penven. Elle est rendue possible grâce au soutien de la Région Bretagne dans le cadre de l'attribution d'une Allocation de Recherche Doctorale pour trois années à l'Atelier de recherche en sociologie (LABERS) de l'Université de Bretagne Occidentale (UBO).

Par cette recherche, Amandine entend nourrir les réflexions et projets développés par Collporterre.

Envie d'en savoir plus ? Voici le Rapport annuel de notre première année de recherche doctorale.